Dépendance et interdépendance

22 mai 2019

L’interdépendance du milieu naturel

Dans la nature l’interdépendance est un fait acquis : des espèces biologiquement différentes coexistent, coopèrent, s’entraident et s’échangent des substances nutritives qu’ils ne seraient pas en mesure de produire individuellement. La notion même d’individualité pose problème dans le domaine naturel : une forêt n’est pas la somme des arbres qui la constituent mais un “seul” arbre interconnecté par un réseau souterrain de mycélium. Les biologistes parlent de Wood Wide Web : l’internet de la nature. Un équilibre règne au sein de cet écosystème complexe et interdépendant qui a permis la différenciation des formes de vie sur la planète et l’émergence de l’espèce humaine.

Les êtres humains dépendent de ce macro-réseau naturel et en même temps s’en éloignent en raison de leur propre histoire évolutive. Le développement du néocortex fait de l’homme un animal “réflexif”, capable de penser et de se penser en tant que sujet séparé de son environnement. Mais si cela n’était qu’un leurre de la pensée? Des chercheurs ont émis l’hypothèse d’un possible lien entre la taille du néocortex humain et la taille des groupes sociaux. L’évolution du cerveau humain ainsi que le développement du langage répondraient alors à la nécessité de créer des relations sociales et des structures organisationnelles de plus en plus complexes.

Voici donc le paradoxe lié à notre espèce : nous sommes à la fois des organismes dépendants des équilibres biochimiques d’un vaste écosystème interconnecté (interne et externe) et des êtres pensants en quête d’indépendance.

 

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Liberté ou autonomie ?

Au cours du du XVIIème siècle, la notion de libre arbitre a été longuement débattue en philosophie et a vu s’opposer deux éminents philosophes : René Descartes et Baruch Spinoza.

Descartes défend l’argument en faveur de la liberté de l’homme et de son libre arbitre, car il considère que la volonté est par nature illimitée. En revanche, pour Spinoza le libre arbitre est une illusion : nous ne sommes pas libres, mais nous croyons l’être car nous ignorons les causes qui nous déterminent à agir. Pour Spinoza, la vraie liberté est de savoir que nous sommes déterminés et que nous faisons partie d’un tout. Cela constitue un premier pas vers l’éthique et la responsabilité.

Dans un petit ouvrage intitulé « Exister », Robert Neuburger écrit que : « Le besoin d’autonomie et le besoin de dépendance sont liés. En effet, l’homme n’a pas la capacité de se faire auto-exister. La liberté humaine consiste donc à choisir ses dépendances, c’est-à-dire les relations qu’il tisse avec d’autres êtres et ses appartenances à des groupes qui lui offrent une reconnaissance. »

Cela fait écho à la notion de complexité développée par Edgar Morin, qui considère que « plus un système vivant est autonome, plus il est dépendant à l’égard de l’écosystème ; en effet, l’autonomie suppose la complexité, laquelle suppose une très grande richesse de relations de toutes sortes avec l’environnement, c’est-à-dire dépend d’interrelations, lesquelles constituent très exactement les dépendances qui sont les conditions de la relative indépendance.»

 

 

Hypnose et dépendance

Contrairement à la vision freudienne selon laquelle l’hypnotiseur arracherait à l’hypnotisé son vouloir pour en disposer, pour François Roustang c’est exactement le contraire qui se produit en hypnose ericksonienne : « plus l’hypnose est intense et plus l’hypnotisé vit sa particularité et l’oppose à toute modification qui ne la respecterait pas. » C’est qu’au final, toute hypnose est auto-hypnose. C’est en lui-même que l’individu puise sa connaissance, c’est en faisant une expérience qui ne relève pas de sa volonté consciente mais qui est en lien avec la sagesse de son inconscient.

C’est pour cela qu’il nous semble important de faire la distinction entre une hypnose thérapeutique de matrice humaniste et initiatique et une hypnose directive de spectacle. L’hypnose thérapeutique que nous proposons vise à favoriser un état de conscience élargi qui peut permettre à l’inconscient du patient d’accéder à des ressources qui ne sont pas accessibles à son moi conscient. Comme un arbre dont la partie visible (le tronc et les branches) peut se développer et prospérer si sa partie cachée (les racines) puise dans un sous-sol riche d’humus, ainsi notre psyché a besoin d’être nourrie par des états non ordinaires de conscience.

Par le biais de la transe hypnotique nous pouvons alors accéder à un vaste espace interconnecté qui nous constitue et dont nous faisons partie.

Voir aussi, l’article : De l’ombilic aux Mythes 

 

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